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Des légumes protégés de façon intelligente et durable

Il est depuis longtemps révolu le temps où les producteurs inondaient systématiquement, semaine après semaine, leurs champs de pesticides pour les protéger contre les invasions d’insectes, de maladies ou de mauvaises herbes. Aujourd’hui, ceux-ci ont adopté majoritairement une approche, connue sous le nom de « lutte intégrée » ou « gestion intégrée des ennemis des cultures ». Cette approche décisionnelle fait appel à toutes les techniques nécessaires pour réduire les populations d’organismes nuisibles à un niveau non dommageable, d’une façon efficace, économique et respectueuse de la santé et de l’environnement.

Comme son nom l’indique, le principe fondamental derrière la lutte intégrée est qu’elle allie diverses techniques (mécaniques, physiques, culturales, biologiques, etc.) en remplacement ou en complément aux pesticides, ces derniers étant utilisés seulement quand et où il est justifiable et nécessaire de le faire. Cette approche peut donc s’appliquer autant en agriculture biologique qu’en agriculture conventionnelle, à la différence qu’en agriculture biologique, les pesticides de synthèse ne font pas partie des options retenues.

La mise en œuvre d’un programme de lutte intégrée implique plusieurs séries d’actions.

  1. Il faut au départ bien identifier le ou les organismes qui présentent un risque pour la culture et essayer d’en connaître le plus possible à leur sujet. Il est important aussi de connaître les organismes utiles (prédateurs, parasites, pollinisateurs, etc.) qu’on peut y rencontrer.
  2. Une façon de réduire les risques de dégâts par les ravageurs, consiste à aménager ou adapter l’écosystème en le rendant à la fois favorable à la culture et aux organismes utiles mais défavorable aux organismes nuisibles. On peut faire intervenir ici le choix de l’emplacement, le type de sol, le choix du cultivar, l’utilisation de semences certifiées et exemptes d’organismes nuisibles, la rotation des cultures, l’entretien du terrain pour éliminer les sources d’infection, etc.
  3. Une fois la culture établie, il est important de déterminer le contexte dans lequel l’ennemi évolue afin de mieux saisir le risque qu’il représente. Ceci implique notamment un suivi régulier de la présence, de l’importance et de l’évolution de l’ennemi dans la culture. On surveille aussi l’état de santé et le stade de développement des plantes, la présence d’organismes utiles ainsi que les conditions environnementales (quantité d’eau, qualité des sols, conditions météorologiques, etc.).
  4. Lorsque celui-ci est disponible, l’utilisation d’un seuil d’intervention permet de mieux cibler les actions requises afin de maintenir ou de ramener les organismes nuisibles à un niveau où leurs dégâts sont acceptables, tout en favorisant l’action de leurs ennemis naturels.
  5. Dans le cas où une intervention est nécessaire, l’approche préconisée est de combiner plusieurs méthodes de lutte, telle la lutte biologique (utilisation d’ennemis naturels, biopesticides), la lutte physique (utilisation de pièges, de barrières, etc.), la confusion sexuelle et les pesticides (préférablement à risques réduits). Malheureusement, les méthodes alternatives aux pesticides sont encore très limitées.
  6. La dernière étape consiste à évaluer l’efficacité et les conséquences des actions mises en place, afin d’améliorer la stratégie au besoin. L’utilisation d’un registre des interventions s’avère très utile pour réaliser cette évaluation.

Dans le but de faciliter la mise en œuvre de la lutte intégrée sur leur ferme, un grand nombre de productrices et producteurs maraîchers se sont regroupés à l’intérieur de clubs d’encadrement techniques ou de clubs-conseils en agroenvironnement; la mise en commun des ressources permet à ces entreprises d’engager des équipes de dépisteurs pour assurer la surveillance de leurs cultures. D’autres ont choisi d’assurer eux-mêmes le suivi de leurs champs ou de le confier au personnel de leur entreprise.

Grâce à leurs efforts, nous avons accès à des fruits et des légumes de très haute qualité et à des prix raisonnables, tout en minimisant les impacts sur l’environnement qui nous entoure. Le dernier bilan des ventes de pesticides publié par le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs est assez éloquent à ce sujet; celui-ci mentionne en effet que la pression environnementale des pesticides en milieu agricole ainsi que les risques associés à la santé sont en constante diminution au Québec depuis 1997.

Michel Letendre, biologiste-agronome, M.Sc.
Consultant en matière de pesticides et de gestion antiparasitaire intégrée
Québec

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