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Potager riendeau: une entreprise familiale, un succès générationnel

La réponse ne se fait pas attendre lorsqu’on demande à Clermont Riendeau, le copropriétaire du Potager Riendeau inc., quel est le secret du succès de la ferme familiale. Pour lui, ça se résume en quatre mots : expérience, technique, effort et qualité. Récit d’une ascension constante, de génération en génération.


Clermont Riendeau en connaît un bout sur l’entreprise qui porte son nom. Cinquième d’une famille de sept enfants, il voit le jour sur la ferme familiale, que ses parents ont achetée en 1959 de Moïse, son grand-père. Maurice Riendeau et Thérèse Beaudin possèdent alors 90 arpents pour faire vivre leur progéniture, une moitié en terre franche, l’autre en terre noire défrichée, qu’ils baptisent « leur or noir ». S’ils cultivent au
départ la betterave à sucre, la pomme de terre et le concombre, ils se tournent progressivement vers des légumes qu’ils jugent beaucoup plus rentables, soit la laitue, l’oignon et la carotte. La famille mise d’abord sur la qualité de ses produits et la reconnaissance du milieu ne se fait pas attendre : en 1965 et en 1969, Maurice et Thérèse remportent le titre des rois de la salade, honneur décerné par l’Association des jardiniers maraîchers du Québec.

À l’époque, le travail sur la ferme est très exigeant, car tout s’effectue manuellement. Le couple ne compte pas ses heures. « Mon mari partait tous les soirs vers 11 heures pour vendre nos légumes au Marché Central à Montréal et il revenait le lendemain matin quand tout était vendu, c’est-à-dire vers 8 ou 9 heures. Arrivé à la maison, il mangeait une croûte, buvait un café et s’en allait dans les champs jusqu’à la fin de la journée. Il se couchait avec le soleil pour dormir deux ou trois heures et il repartait au marché. Il faisait ça six jours sur sept, de la Saint-Jean-Baptiste jusqu’au début du mois de novembre », raconte Thérèse. Maurice aurait donc eu raison de se reposer durant la période hivernale, mais il ne chôme pas. De 1959 au début des années 1990, il achète les terres à bois avoisinantes et les défriche à la main avec un ou deux employés. Il déboise de 150 à 200 acres, doublant ainsi la superficie de la ferme.

Le passage du flambeau

« À la ferme de mes parents, tout le monde mettait la main à la terre. Lorsqu’on revenait de l’école, mes frères, mes sœurs et moi, on s’en allait tout de suite dans les champs. On s’occupait du sarclage, du coupage de la laitue, du ramassage et du nettoyage des légumes », se remémore Clermont. Sa mère, Thérèse, abonde dans le même sens : « Maurice était le grand chef et les enfants, ses petits guerriers. Il leur a tout montré. Et il fallait que les rangs d’oignons soient bien droits, sinon les enfants se le faisaient reprocher… Mais, c’est aussi grâce à lui qu’on a l’une des plus belles fermes du monde ! »

À l’âge adulte, les quatre filles de Maurice et Thérèse quittent le nid familial pour voler de leurs propres ailes, mais les trois gars restent sur la ferme pour en prendre les rênes. En 1974, les parents et leur aîné José fondent l’entreprise que l’on connaît aujourd’hui : Le Potager Riendeau inc. Quelques années plus tard, Sylvain et Clermont embarquent dans l’aventure et acquièrent graduellement des parts dans la compagnie. C’est ainsi qu’une autre génération prend le relais.

Au début des années 1980, le milieu alimentaire vit de profondes transformations : la consolidation du secteur de la distribution fait naître de gros joueurs, qui possèdent alors d’importants pouvoirs d’achat. Les Riendeau y voient une opportunité d’affaires et développent une très bonne stratégie de mise en marché. Les grossistes répondent à l’appel et les commandes affluent. L’entreprise va bien, tellement bien que l’offre ne suffit plus à la demande. Toujours à court de produits, la famille décide de prendre de l’expansion et prend possession de trois exploitations agricoles voisines, en 1993, en 2004 et en 2008. Du coup, elle ajoute une nouvelle corde à son arc avec la culture du céleri.

Quelques chiffres

Les chiffres concernant le volume de production du Potager Riendeau inc. donnent le vertige… En ce moment, on y cultive cinq légumes : la laitue iceberg pommée représente 40 % des ventes, la laitue romaine 30 % et le céleri et l’oignon se partagent le dernier 30 %. La salade sous toutes ses déclinaisons constitue donc 70 % de la production totale. Chaque semaine, ce sont près de 20 000 caisses de 24 laitues qui sortent de la ferme, ce chiffre atteignant facilement les 30 000 caisses (720 000 laitues !) lors des périodes de chaleur. À cela, on ajoute quelque 3 000 sacs de 50 livres d’oignon et 3 000 caisses de 24 céleris, aussi amassés hebdomadairement. Alors que 100 % des produits étaient vendus au Marché Central à l’époque de ses parents, Clermont soutient que la situation a bien changé depuis que les grandes chaînes alimentaires se sont formées. « On vend 70 % de notre production aux chaînes alimentaires et aux grossistes, raconte-t-il. On se rencontre au printemps : ils nous communiquent leurs besoins, on leur dit ce qu’on est capable d’offrir. Et le dernier 30 % de nos produits est encore vendu au Marché Central, par des courtiers qui se rendent sur place. »

Pour cultiver un aussi gros volume, la famille a dû s’adjoindre quelques paires de bras et des têtes supplémentaires. Aujour­d’hui, Le Potager Riendeau inc. engage 125 personnes, 90 d’entre elles étant des travailleurs saisonniers migrants provenant du Guatémala et du Mexique. Le reste de l’équipe se compose de responsables de la production, de l’arrosage et des semences, d’une réceptionniste, de vendeurs, de contremaîtres, de mécaniciens, de comptables et de fiscalistes. Les trois frères peuvent aussi se fier à Maurice et Thérèse. « Mes parents seront encore ici à l’an 3000, ironise Clermont. Ils ont toujours travaillé très fort et ils travaillent encore, même s’ils ont plus de 75 ans. C’est leur fierté, la ferme. Alors, ils se rendent utiles en accomplissant diverses tâches à leur rythme. » Et la reconnaissance s’étend au-delà des frontières du clan familial. En 2006, Thérèse est élue agricultrice de l’année par le Syndicat des agricultrices de Val-Jean, au niveau régional d’abord, puis au provincial.

Autres temps, autres mœurs

Lorsque Clermont et Thérèse comparent leur époque respective, ils ne cachent pas que le métier était plus physique avant. « À l’époque de mes parents, la moitié du travail se faisait à la main ; tandis qu’aujourd’hui, 80 % de la job est mécanisé. Il y a même des machines dans les champs qui ressemblent drôlement à des petites usines mobiles », dit Clermont. Si l’équipement mécanisé permet aux agriculteurs de travailler moins physiquement, c’est le plan psychologique qui en prend un dur coup de nos jours. « C’est vrai que, mentalement, c’est pas mal plus dur, confie Clermont. La logistique d’une ferme de notre importance est très compliquée. Il faut aussi respecter les exigences et les programmes gouvernementaux pour la sécurité sanitaire des aliments, qui sont de plus en plus stricts. Et puis, il y a l’aspect financier. Au printemps, l’investissement est tellement important… ça nous met pas mal de pression. Avant de récolter et que l’argent commence à rentrer, disons que le banquier se promène dans les champs… »

Un autre signe que les temps changent : les activités saisonnières de la ferme ont laissé place au travail à l’année. Le secrétariat, l’embauche et la gestion des employés, l’entretien de la machinerie, la planification des semences et des semis, l’achat des engrais, du matériel et de l’équipement ainsi que la préparation des serres ont de quoi occuper les trois frères. Tout doit être prêt pour planter les semis au début du mois de mars, ce qui leur permettra de commencer la récolte à la mi-juin et de profiter du pic de la terre en juillet.

Une histoire sans pépin

« L’entreprise s’est toujours bien portée, on a toujours bien vendu nos légumes et on n’a jamais rencontré de gros problèmes. C’est sûr qu’il n’y a pas une année pareille. On vit des hauts et des bas, mais on reste positif », résume Thérèse. Le parcours de la famille Riendeau semble en effet exemplaire ; l’entreprise évoluant en fonction de la demande, tous deux en pente ascendante depuis ses débuts. On ne passe tout de même pas à côté de quelques pertes, soit 5 à 10 % de la récolte totale, principalement à cause de la laitue, un produit extrêmement périssable qui exige beaucoup de soins.

L’entreprise fait-elle face à quelques concurrents ? « C’est certain qu’il y a des fermes qui offrent les mêmes légumes que nous, mais la compétition reste saine… Ça nous incite à nous surpasser », spécifie Clermont. Avec ses 650 acres, la ferme des Riendeau est effectivement l’une des plus importantes de la province en terme de superficie, mais elle n’arrive même pas à la cheville des exploitations agricoles états-uniennes, qui atteignent facilement de 20 000 à 50 000 acres. La production de ces mégafermes est si volumineuse qu’elles peuvent se permettre d’en offrir une partie au rabais afin de s’implanter sur de nouveaux marchés. De ce fait, leurs prix rivalisent avec ceux de nos agriculteurs locaux, même si leurs terres se trouvent à plusieurs milliers de kilomètres de nos épiceries. Les frères gardent donc un œil du côté des États-Unis, puisque 90 % des produits dérivés, comme les salades préparées et les légumes précoupés, proviennent de nos voisins du Sud et que ce commerce prend de l’ampleur au Québec. La famille constate également que la Chine joue de plus en plus dans les pattes des agriculteurs québécois en offrant des légumes à des prix con­currentiels. « Une chance que l’Association des jardiniers maraîchers du Québec travaille fort avec les producteurs pour promouvoir les produits du Québec », souligne Clermont.

Finalement, lorsqu’on demande quelle est la clé du succès du Potager Riendeau inc., Clermont et sa mère sont unanimes : la bonne harmonie dans une famille qui travaille bien et qui offre des produits de qualité. Thérèse rajoute : « Je suis très fière de ce qu’on a accompli, mon mari et moi. On a réussi non seulement notre vie de couple, mais aussi notre vie sur la ferme et notre vie familiale. Mais, dans tout ça, ma plus grande fierté, ce sont mes enfants et mes petits-enfants. Et quand on regarde notre entreprise aujourd’hui, on trouve qu’on leur a laissé un bel héritage. » On ne peut qu’être d’accord avec cette affirmation.

Place à la relève !

Comble de bonheur pour les parents et les grands-parents, les jeunes du clan envisagent de prendre la relève. Pour le moment, les fils de Clermont, Patrice (25 ans) et Pascal (22 ans), ainsi que celui de Sylvain, Dave (19 ans), ont choisi d’étudier dans des domaines qui leur permettront de s’occuper de la ferme. Le premier a obtenu le titre de comptable en management accrédité (CMA), le deuxième détient une technique en gestion agricole et le troisième suit présentement des cours en gestion agricole.

« Dans notre temps, on n'avait pas beaucoup d’instruction, mais on réussissait quand même parce qu’on était travaillant et qu’on était en santé. C’est complètement différent aujourd’hui. Pour travailler la terre, nos petits-enfants doivent avoir des diplômes et de l’argent. Si les parents ne sont pas derrière les jeunes pour leur prêter des sous, il n’y a pas de relève. Beaucoup de fermes familiales s’éteignent parce qu’il y a trop d’argent en jeu. Les gens vendent à des étrangers, à des entreprises plus grosses… C’est regrettable », analyse Thérèse. Ses enfants évaluent donc en ce moment la meilleure façon de procéder au transfert des responsabilités et à la vente de l’entreprise à la quatrième génération de Riendeau. Comme on est très loin des 35 000 $ payés par Maurice et Thérèse pour leur petit lopin de terre, la vente s’effectuera sans doute sur plusieurs années.

Auteur
Amélie Cournoyer

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